Joachim a voyagé autour du monde pendant un an. Il est parti le jour de son 25ème anniversaire, et est rentré après 365372 jours. Et tu es ici sur son carnet de voyage.
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Quinze jours de Thailande (pas un de plus)

Je suis arrivé en Thailande en sachant deux choses : c’est un pays beaucoup plus touristique que tous les pays par lesquels je suis passé dans ce voyage, et je risque y voir beaucoup de portraits du roi.

J’ai découvert une troisième chose : j’avais raison. On voit vraiment beaucoup de portraits du roi.

Après deux jours de croisière sur le Mékong, je suis sorti du Laos, puis j’ai pris le bus pour Chiang Mai avec des voyageurs rencontrés sur le bateau. Chiang Mai est une jolie ville. Enfin, c’est une ville pas désagréable. Après trois semaines de Laos, Chiang Mai m’a parue extremement citadine : des voitures, des scooters, des tuk-tuks… la vie d’une ville! Et tant de touristes!

Parce que oui c’est une ville touristique. Certains quartiers sont criblés de bars restaurants hotels cybercafé agence de voyages, et la vision du touriste bedonnant tenant par la main une jeune thai en short très très court est plus fréquente qu’on le croit.

A Chiang Mai, il y a beaucoup à faire : il y a la vieille ville à explorer, des temples à visiter, des massages, des cours de cuisine ou de boxe thai, etc etc. Et comme j’aime pas taper sur des gens j’ai choisi un cours de cuisine. J’ai déjà appris quelques recettes dans mon voyage (Jérémie, tu vas déguster), mais là c’était vraiment un cours, avec d’autres élèves, un tour au marché etc… suivi d’une dégustation de ce qu’on a fait. Et laissez-moi vous dire que ce que j’ai cuisiné était très bon, surtout la salade épicée de papaye.

Après quelques jours de Chiang Mai, j’ai décidé que j’en avais assez et j’ai commis l’irréparable : j’ai pris le bus pour Bangkok.

Et pas n’importe où à Bangkok… sur Khao San Road…
Khao San Road est parfois comparée à la Mecque des voyageurs, touristes ou autres backpackers. Anciennement une rue d’un quartier pauvre mais central, où ont fleuri des hôtels pas chers, puis toute une industrie de vendeurs de t-shirts, de salons de « massage », de pubs australiens, de boutiques de tatouages, de tailleurs népalais appelés A. Rmani, de vendeurs de bijoux en argent, de yogis sikh nommés Dr. Singh qui lisent les paumes de la main ou de bouquinistes qui ne rachètent plus les livres d’occasion parce que plus personne ne lit en voyage (merci l’Internet). C’est à Khao San Road qu’on peut croiser la plus grosse concentration au monde de voyageurs (si l’on excepte le quartier Thamel de Kathmandou ou le Naya Bazar de New Dehli). Dès cinq heures du matin, où les premiers touristes en sac à dos débarquent de leur bus de nuit de Phnom Penh, Phuket ou Chiang Mai. En essayant de trouver une chambre d’hôtel où poser le backpack, ils croisent les derniers anglais bourrés et tatoués de la soirée de la veille, ceux qui, assis sur le trottoir, sont les nouveaux meilleurs copains de ce couple rasta japonais. Les premiers étals arrivent vers huit ou neuf heure, les t-shirts de Britney String qui fait un doigt concurrencent les lunettes de soleil où tu ne peux choisir qu’entre Wayfarer et Aviator, de contrefaçon bien sûr, et les bijoux de voyageurs, genre les griffes de requin ou les dents de tigre de la taiga. C’est fou ce qu’on peut faire avec des os de poulet. Vers midi les gens sortent de leurs hôtels pour soigner leur gueule de bois à coup de première bière. Les tatoués découvrent qu’ils ont des nouveaux dessins sur la peau, parce que quand tu bois trop tu te souviens pas des idées géniales que tu as. Bah, son bisounours sur le ventre aura peut-être été inscrit dans sa chair sous le coup d’une émotion véritable, mais il pourra dire que c’était ironique quand il le montrera à ses copains en rentrant. In Vino Veritas, de toute façon. Vers 17h, les touristes ont fini de visiter Bangkok et reviennent à Khao San, leurs sacs pleins de souvenirs kitsch, de statuettes en bois précieux ou de peintures « authentiques » ou « ethniques » à afficher dans le salon en rentrant. 19h c’est l’heure où les premiers anglais bourrés emmênent les premières australiennes, boudinées dans leurs robes d’été deux tailles trop petites, dans les restaurants typiques du coin : grillades mexicaines, KFC, Burger King… Un peu après, les groupes de militaires réformés israéliens prennent les tuk-tuks pour aller voir des sex-shows les plus horribles, ou les match de ping-pong, j’ai pas très bien compris de quoi il s’agissait. C’est à neuf heures que les rues du quartier sont toutes bouchées : les agences de voyage réunissent les passagers des bus de nuit pour les quatre coins de l’Asie du Sud-Est, on voit des barricades de backpack, les 7/11 sont vidés de leurs chips et bouteilles d’eau, mais finalement les bus s’en vont et libèrent la place aux couples français bien sages qui viennent de coucher Macéo et Léa (ou Léo et Macéa) et qui cherchent le café-gallerie sur le toît d’un squat, qui est mentionné dans le Lonely Planet et le Routard, et dans lequel ils vont être bouleversés par les photographies noir et blanc d’un jeune moldo-croate qui présente des portraits d’enfants pauvres à Manille, et dont ils ne cesseront de parler à leur retour dans le 18°, alors qu’ils auront oublié d’être confrontés à la vraie pauvreté dans la capitale Thai. Faut dire que c’est plus sûr, d’être équipé du Lonely Planet et du Routard. Minuit. Tout est calme, sauf dans le quartier de Khao San Road où les ladyboys commencent leur chasse au gros touriste allemand qui ne verra pas la différence. Je dis allemand, mais bien sûr y’a aussi des gros autrichiens qui sont concernés. Les australiens tatoués qui portent des lunettes de soleil et un marcel avec un marque de bière sont en ce moment en train de tripoter la chair saoûle des hollandaises venues en Asie du Sud-Est pour une expérience mystique et des trucs comme ça, pendant que résonne No Woman, No Cry dans l’un des cafés rasta qui fait aussi agence de voyage, cybercafé, salon de « massage », boutique de souvenirs et de tatouages et de tatouages souvenirs (qui d’entre nous n’a jamais eu envie d’offrir un tatouage Bob Marley à son amoureuse?) et laverie à 1$ le kilo. Et à trois heures, tout le petit cirque plie boutique, les t-shirts rentrent dans les valises et tout est démonté. Les touristes les plus sages sont sur le chemin de leur hôtel et ne se sont pas rendu compte qu’ils n’ont plus leur portefeuille ni la clé de leur chambre, ni leur passeport, ni même leur dignité. Un(e) « thai lady » leur a tout pris. Fallait qu’à pas demander si c’était des vrais et si *geste du ciseau qui coupe*…

Bref, Khao San, c’est un peu Babylone. C’est cocasse, mais faut pas y rester trop longtemps. Moi? J’ai trouvé un joli petit café végétarien derrière le Burger King, avec des japonais qui avaient des macbook ou des hippies français à dreads grises. Et y’avait du wifi gratuit. Et puis j’en ai aussi profité pour passer une après midi avec deux touristes très spéciaux : mon ancien team-leader de mon boulot que j’ai démissionné en août accompagné d’une collègue et néanmoins amie qui a une sœur que j’ai rencontré à son anniversaire. Mais ça n’a rien à voir avec Bangkok.

Un jour j’ai décidé que cette frénésie ça suffisait donc j’ai pris un billet de bus pour Koh Phangan, l’île de la Full Moon Party, pour y retrouver Thomas, un normand rencontré à Oulan Bator. Puis je suis allé manger un brin dans un fast-food all-you-can-eat de sukiyaki (sorte de hot-pot japonais) dans un centre commercial du centre de Bangkok, avec une coréenne à taches de rousseur que j’avais croisé aux 4000 îles au Laos, et à qui j’avais promis qu’on se retrouverait bientôt. Elle était accompagnée de ses amis coréens, qui ont failli se battre pour me laisser leur mail pour quand je vais passer à Séoul.

Après une nuit dans un bus, en compagnie de Virginie, une française à qui ses origines lao-chinoises allaient très bien, je suis arrivé à Koh Phangan.

Le paradis.

Ou presque, quand on oublie un peu les couples de couples de français bien sages qui n’ont pas encore d’enfants alors qui voyagent avec un autre couple, ou les suédoises venues trouver la plage et les cocotiers et le monokini en hiver, et la picole moins chère of course et pour s’emmerder au soleil au lieu de s’emmerder sous la pluie. En marchant un peu dans les colines de cette petite île, on peut trouver un salon de thé avec du WiFi et du Kashmiri Black Chai, un petit restaurant avec les enfants qui viennent jouer au Jenga avec toi quand leur maman prépare le Pad Tai et qu’il y a une panne d’électricité, ou une pizzéria hors de prix qu’il vaut mieux éviter parce que c’est mieux chez la ptite dame qui fait des hambergers végétariens.

Et puis il y a la Full Moon Party, à Koh Phangan. Au début c’était une fête d’anniversaire, il y a vingt ans, sous une pleine lune. Et ils ont recommencé le mois suivant. Etc etc, tous les 28 jours, jusqu’à devenir la plus grosse teuf sous les étoiles et sur une plage d’une île de Thailande. Si Bangkok est comparable à Babylone, la Full Moon Party ne peut pas être comparée à quoi que ce soit dans la bible, vu que dans ce temps là l’alcool et les drogues existaient mais pas la techno sur les plages. Mais si y’avait eu un épisode comme ça dans l’Ancien Testament, je suis sûr qu’il se serait soldé par un grand nombre de statues de sel…

Mais bref. Le lendemain matin, en m’éveillant sur la plage pour voir le soleil se lever sur l’horizon, je me suis dit qu’il y a quand même des bons moments dans cette chienne de vie…

Deux jours plus tard, je suis en Malaisie, à Pénang, dans un hôtel pourri du Chinatown. La Thailande, c’était marrant, c’était sympa, mais j’ai pas envie d’y retourner. Peut-être dans trente ans, pour y passer ma crise de la cinquantaine et entretenir ma cirrhose. Mais avant, j’aurai à découvrir des tas de pays sympas, pas trop envahis par la pollution touristique occidentale.

Les copains, si vous avez envie d’aller à l’autre bout du monde, passez en Thailande mais n’en faites pas votre destination principale. C’est un pays marrant et facile à voyager, mais y’a plein d’autres choses à voir dans le monde que des touristes anglais essayer de coucher avec des touristes australiens.

Enfin voilà. Après, vous faites ce que vous voulez, et c’est pour ça que je vous aime.

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14 Comments

  1. bon, au moins je me suis bien marré en lisant ton article
    A part la fin de ton periple, la thailande sera peut-être le dernier pays dans lequel j irai

    Comment by Yaume — 2 févr. 2010 @ 19:03
  2. >> « or ping-pong tournaments (I don’t really know what it’s all about) »
    Fais pas l’innocent, certaines personnes dans le coin savent que tu sais qu’on sait que tu sais.
    Pas mal la gamine sur la photo, combien ?
    ^o^

    Comment by vi — 5 févr. 2010 @ 23:49
  3. Tu m’as convaincu, super bien vendue la Thaïlande. Finalement, je vais plutôt opter pour Cancun, ou la Grande Motte..

    Comment by Romuald — 7 févr. 2010 @ 16:13
  4. Moi aussi j’ai bien apprecie ton article et les joyeux cliches thailandais ! juste pour dire (et je ne suis pas un fervant defenseur de la Thai) qu’entre chiang mai, kao san et koh pangan, tant de choses bien plus interressantes a voir ! dommage que ton sejour de 15 jours dans un pays aussi peuple et aussi grand que notre cher France ne se soit concentre que sur l' »horrible » autoroute touristique..! :P la biz de Kunming.

    Comment by Pierre — 8 févr. 2010 @ 05:02
  5. ouai ouai ouai!!!
    C’est clair que tu sais ce que c’est que le Ping Pong Show. Et si tu sais pas c’est encore plus horrrrrible que ce que tu peux imaginer…

    Comment by Charlie — 11 févr. 2010 @ 07:09
  6. Au fait, tes deux derniers articles sont vachement intéressants! Lus avec beaucoup d’intéret. Continue à poster long! (Et merci pour ta carte avec plein de moines thailandais, je m’y voyais déjà!)

    Comment by Henri — 12 févr. 2010 @ 02:43
  7. C’est sur ma route mais je ne vais plus tergiverser… Je vais me concentrer sur le Cambodge, le Laos et la Birmanie !!! On verra le temps qu’il me reste pour la Thailande…

    Comment by Adeline — 15 févr. 2010 @ 16:44
  8. Génial ton post!!!
    J’aime ta facon de narrer on arrive parfaitement à se projeter…
    Bon courage pour la suite :)

    Comment by Nabila — 17 févr. 2010 @ 12:36
  9. Bon j’avais prévu de visiter la Thaïlande longtemps avant que tu y passes, et donc j’irai quand même (dans deux semaines si tout va bien), mais ton récit m’a un peu refroidi.

    Je tempère ça car je pense que tu as vu les pires aspects du pays, et aussi parce que j’ai un pote qui est tombé en amour pour la Thaïlande il y a un petit paquet d’année et qui m’en a dit du bien, mais quand même…

    Des trucs à faire absolument ou à éviter à tout prix à Bangkok ? Un nom de plage moins peuplée que les autres quelque part ?

    Bonne continuation et à plus !

    Comment by Pierre — 22 févr. 2010 @ 07:28
  10. Pierre, si tu vas en Thailande, cherche les endroits peu touristiques. Il y en a, ils sont trouvables, et tu éviteras mon expérience. Perso, j’ai même pas cherché quand j’y étais : j’ai suivi la piste touristique. C’est quelquechose à ne pas faire. Faut passer du temps :)

    Comment by joachim — 23 févr. 2010 @ 04:50
  11. Salut.
    En fait quand on lit ton article, malgré ce qu’il y a d’écrit, on sent quand même que tu aimes la thailande.L’imperfection est visible partout sur la terre et tu nous as beaucoup parlé des imperfections que tu as vu, surtout sur bangkok.Moi j’y vais depyuis des années et franchement, le laos, je connais, (j’aime bien y faire un saut pour son calme), le cambodge aussi et des trois, ma destination préfèrée est quand même la thailande.Si tu voyages par toi même et que tu vis ce que tu as à vivre toi sans te projetter sur ce que les autres touristes vivent, là tu va découvrir « ta thailande » par rapport à ta sensibilité.En thailande, il y a de tout, mais pour le découvrir, il faut sortir des sentiers battus, même dans les coins touristiques, il y a des petits coins qui ne le sont pas.Il ne faut pas craindre d’être seul avec soi même, c’est là qu’on vit les meilleures choses et qu’on rencontrent les meilleures personnes.La mer en thailande est superbe et inégalable en asie du sud est ( à pars la malaisie où il y a de superbes plages aussi, mais où la mentalité des gens ne me plait pas du tout )et c’est quand même beaucoup moins insécure qu’en france, même pour les femmes…Bangkok, c’est dommage que tu n’ai fais que khao san road, tout autour il ya des petites rues vraiment sympas avec des gens sympas qui pensent pas qu’a tiré des australiennes ou a se faire tatouer quand ils sont morts bourrés.Re visites la thailande autrement, parce que tu n’a rien vu.

    Comment by gilles — 1 mars 2010 @ 20:34
  12. super article, j’adore ton style !
    pour le moment je ne connais de la Thailande que son aéroport… je crois que ça va encore resté comme ça pendant un bout temps !
    si jamais tu passes par Taipei envoi moi un message (tu as mon email).
    bonne route !

    Comment by Jimmy@Taiwan — 8 mars 2010 @ 11:41
  13. Salut l’ami,

    Tu peux difficilement émettre un jugement optimiste en ayant visité si peu de choses en Thaïlande !

    De mon point de vue, c’est un pays magique… De Koh Phangan, tu aurais du pousser jusqu’à Koh Tao. Et si tu aimes les îles paradisiaques et désertes, de l’autre côté, après Koh Phi Phi, submergé de touristes mais dont les paysages sont sublimes, il y a plein de petites îles très peu connues et uniquement peuplées local !

    Dans le nord, Chiang Maï / Chiang Raï sont bien évidement les 2 principales villes qui rassemblent un grand nombre de touristes mais tout autour, c’est le calme et le dépaysement garanti ! Mais bon, tu as du connaître ça au Laos je pense.

    A Bangkok, il y a les Klongs avec ses maisons en pilotis et ses tranches de vie typiques. Il y a aussi le grand marché de Chatuchack ouvert uniquement le weekend (le temple de la consommation !) qu’il ne faut pas manquer et plein de quartiers un peu partout qu’on découvre qu’en se perdant dans cette immense mégapole.

    Honnêtement, si ta route te mène de nouveau dans le coin, retente l’expérience, tu es passé à côté de quelque chose ;)

    Sinon, eh bien bravo pour ton blog et tes photos, excellent !

    Comment by Tony — 29 avril 2010 @ 14:25
  14. Ah ça les touristes, difficile de ne pas y échapper quand on est soit même étranger pour un court séjour ! c’est frustrant ! surtout qu’à la télé française en ce moment on en bouffe des reportages sur les vieux français qui viennent y mourir.

    Comment by BG — 9 juil. 2010 @ 04:29

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